« I have two kinds of problems, the urgent and the important. » La phrase est de Dwight Eisenhower, le 19 août 1954, devant l’assemblée du Conseil œcuménique des Églises à Evanston, dans l’Illinois. Il la prête d’ailleurs à un ancien président d’université. Soixante-dix ans plus tard, elle décrit assez bien la semaine d’un dirigeant de PME.
Deux questions pour chaque tâche
La matrice qui porte son nom croise deux questions. Est-ce urgent, c’est-à-dire : faut-il le faire maintenant, sous peine de conséquence immédiate ? Est-ce important, c’est-à-dire : est-ce que cela rapproche l’entreprise de ses objectifs ?
| Urgent | Pas urgent | |
|---|---|---|
| Important | 1. Faire tout de suite | 2. Planifier |
| Pas important | 3. Déléguer | 4. Abandonner |
La case qui change tout n’est pas la première. C’est la deuxième : l’important qui n’est pas urgent.
La semaine d’un dirigeant, triée
Voici, en substance, la liste qu’a dressée le gérant d’une entreprise de menuiserie de 25 personnes un lundi matin.
Case 1, urgent et important. Le client dont le chantier a pris du retard et qui menace de pénalités. La réponse à l’appel d’offres qui ferme jeudi. Un poseur blessé, à remplacer sur un chantier demain.
Case 2, important et pas urgent. Recruter un second chef de chantier. Revoir les prix de la gamme fenêtres. Préparer l’entretien avec la banque pour la nouvelle machine. Former un collaborateur au chiffrage.
Case 3, urgent et pas important. Valider trois petites commandes de quincaillerie. Répondre à un démarcheur insistant. Rappeler un fournisseur pour un bon de livraison mal rempli.
Case 4, ni l’un ni l’autre. Relire en détail le rapport mensuel d’un logiciel dont personne ne se sert. Assister à un salon sans objectif précis.
Ce qu’on fait de chaque case
Case 1 : on s’en occupe, bien sûr. Mais on se demande aussi pourquoi elle est pleine. Une case 1 chargée en permanence est souvent une case 2 négligée qui a fini par déborder : le chantier en retard venait d’un planning jamais revu.
Case 2 : on lui réserve du temps dans l’agenda, en blocs fixes, comme un rendez-vous client. Deux demi-journées par semaine, par exemple, sans téléphone. C’est là que se trouvent le recrutement, la stratégie, le plan de trésorerie.
Case 3 : on la confie. Les petites commandes et les bons de livraison relèvent du chef d’atelier ou de l’assistante, avec un cadre clair. Notre méthode pour déléguer détaille comment.
Case 4 : on arrête. Désabonnez-vous, déclinez, supprimez la réunion. C’est la case la plus facile à vider, et la moins souvent vidée.
Les pièges
Tout classer en important. Si tout est important, rien ne l’est. Une bonne matrice a rarement plus de cinq lignes dans la case 2.
Confondre urgent et bruyant. Ce qui sonne fort, un appel, un message, une personne à la porte, paraît urgent. Une bonne question : que se passe-t-il si cette tâche attend deux jours ?
Garder la case 3. Beaucoup de dirigeants y passent une part considérable de leur semaine, parce que ces tâches sont rapides et donnent le sentiment d’avancer. Elles ne font pas avancer l’entreprise.
Passer du personnel au collectif
La matrice d’Eisenhower est d’abord un outil personnel. Elle prend plus de force quand l’équipe de direction l’applique ensemble, par exemple en début de trimestre, pour choisir les deux ou trois chantiers de la case 2 que tout le monde protégera. On rejoint alors la logique des objectifs trimestriels, ou de la matrice RACI pour savoir qui porte quoi.
Ce soir, listez tout ce qui a occupé votre semaine et placez chaque ligne dans une case. Puis bloquez dans l’agenda de la semaine prochaine deux créneaux pour la case 2, et nommez dès maintenant ce que vous y ferez.
Sources consultées
- Address at the Second Assembly of the World Council of Churches, Evanston, Illinois (19 août 1954), The American Presidency Project, université de Californie à Santa Barbara. Consulté le 5 novembre 2026.
- Matrice d'Eisenhower, Wikipédia. Consulté le 5 novembre 2026.
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